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     A feuilleter 

     A savourer         

       Un blog débordant
       d'humour intelligent
       et de bienveillance
      
       Petite histoire
       de la sexualité
       selon Jacopo Fo

 

Le blog, c'est comme la photo : le plus intéressant, ce n'est pas quand on la regarde ou qu'on la montre aux copains, c'est le moment où l'on cadre et le regard qu'on porte sur le monde à travers l'appareil. Cet "alblog de Smara", c'est un album de regards cumulés, et simplement une façon de les partager avec vous. 

Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 21:19

Ce n'est pas du pêcheur devenu gardien du paradis, ni de séchoir à poissons, dont il sera question ce soir mais du séchoir à bois de Saint Pierre d'Entremont et de son patron. Le séchoir est un genre de bâtiment chauffé à plus de soixante degrés et capable de ramener en trois semaines quatre vingt mètres cubes de bois d'un taux d'humidité d'environ 60 % à moins de 20 %, permettant de le mettre directement en oeuvre sans risque de retrait ou déformation. A côté du séchoir, un vaste hangar ou sont stockées les dimensions les plus couramment utilisées par les entreprises locales. C'est sous ce hangar que je suis venu me mettre à l'abri d'une petite neige froide et lourde tandis que le maître des lieux chargeait un semi-remorque à l'aide d'un chariot élévateur de belle taille. Au bout de quelques minutes il interrompit son travail pour venir me voir et me demander avec un aimable sourire ce qu'il pouvait faire pour moi. Le regard clair sous la casquette épaisse et le corps massif mais alerte sous la veste de travail, il pouvait avoir près de soixante ans et l'air d'être né dans ces montagnes. Je lui expliquai que j'avais besoin de quelques planches rabotées mais que je ne pourrai pas les emmener dans leur longueur de quatre mètres et que j'avais oublié ma scie en partant. Il disparut quelques minutes et revint avec l'outil, s'excusant de ne pas avoir le temps de m'aider et m'invitant à choisir et recouper tranquillement mes planches, ce que je m'empressai de faire en le remerciant vivement tandis qu'il repartait manoeuvrer sous la neige. Une dizaine de minutes plus tard, le camion chargé, il revint vers moi pour me dire qu'il devait s'absenter et de ne pas attendre son retour. Avant que je n'ai le temps de poser de question il ajouta : "Vous voyez la pochette de plastique là-bas. Vous noterez ce que vous avez pris, avec votre nom et votre adresse". Sur quoi il s'éloigna en me souhaitant une bonne soirée. Je dois admettre que pour moi qui vient de passer dix ans en centre-ville de Grenoble ces quelques mots anodins ont eu un effet extraordinaire. Un peu comme de descendre de ces machines de science fiction qui remontent le temps et vous transportent dans l'espace en quelques instants. Et je soupçonne fort que ce voyage inattendu m'a sensiblement rapproché du paradis. 

 


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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 22:57

 

Ayant choisi de participer à la primaire des écologistes je me suis naturellement retrouvé sur la liste des coopérateurs destinataires de mails visant à nous convertir en membres actifs d'EELV. Il se trouve que suite à quelques cafouillages de diffusion chaque destinataire de ce fichier s'est trouvé non seulement en situation  d'écrire à tous les autres mais aussi de recevoir une copie des courriers adressés à l'émetteur initial. Ce dernier s'excusant des difficultés de la communication moderne je suggérai en retour, animé d'un esprit facétieux, de rappeler Nicolas Hulot qui a quelques compétences reconnues dans ce domaine. Les retours ne tardèrent pas à arriver, dont plusieurs qui témoignaient d'une imperméabilité totale à mon humour. A peu près comme si j'avais suggéré de recycler les barils de MOX en mur antibruit pour les HLM longeant les voies rapides. Plusieurs messages m'informaient que j'étais au pire un traitre à la cause écologiste, au mieux un abruti intoxiqué par la télévision et juste bon à surconsommer  pour le plus grand bonheur des prédateurs capitalistes dont M. Hulot porte les couleurs. Soit. Il me semble que la première lucidité est d'assumer notre propre participation à cette logique de consommation qui a symbolisé pendant tant d'années le bien-être et la liberté que nous pouvions apporter à nos familles. Mes parents venaient de familles pauvres et leur dignité à été de travailler pour que leurs enfants rejoignent le niveau d'éducation et de confort matériel des classes moyennes et je n'ai pas de honte d'avoir suivi leur exemple. Au delà, j'ai pu approcher des gens riches qui n'avaient pas su construire leur estime de soi autrement qu'en s'appuyant sur leur fortune comme sur des béquilles dorées. Aujourd'hui le destin du monde est aux mains des ceux qui veulent le pouvoir et l'argent mais il me semble qu'il n'y a pas tant de monstres cyniques et beaucoup d'hommes et de femmes en quête maladroite de bonheur, de reconnaissance et d'amour. Pas si différents de nous finalement. Et quand on les désigne comme coupables  de vanité, d'ambition et d'avidité égoïste c'est un peu de moi-même que l'on désigne aussi. Alors non, je ne crois pas que la dénonciation, la culpabilisation et la moralisation soient le bon chemin pour permettre une prise de conscience collective des limites de notre modèle de développement. J'aimerais mieux que l'on me parle du monde plus doux, plus amical, plus joyeux aussi que le progrès technique pourrait nous permettre de construire si la finalité partagée était simplement d'assurer notre sécurité matérielle pour faire de l'espace à la vie sociale et spirituelle, à la nature et à la réconciliation avec nos corps asservis à nos désirs. J'aimerais mieux que l'on me donne la main pour me faire voir et écouter ceux qui construisent dans l'ombre des alternatives modestes mais vivantes. Il semble malheureusement que l'écologie politique soit d'abord de la politique, avec sa logique brutale de lutte pour la victoire et d'élimination des concurrents et que pas plus les utopistes du réel comme Pierre Rabhi ou les visionnaires comme Ignacy Sachs n'y aient leur place. Faut-il pour autant laisser cette place aux inquisiteurs et autres pourfendeurs d'hérétiques ? N'en doutons pas, ils trouveront toujours une audience à leur goût.

 


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Jeudi 30 juin 2011 4 30 /06 /Juin /2011 14:54

Quelques fortes chaleurs s'étant écrasées sur la ville ces derniers jours, j'avais décidé de me faire couper les cheveux pour mieux sentir les rares souffles d'air sur ma nuque et mes tempes. Je me suis donc rendu ce matin chez mon coiffeur habituel, prêt à attendre un quart d'heure ou vingt minutes en compagnie de John Ruskin (1819-1900). Or, le salon était rempli de dames qui avaient eu la même idée que moi, et certaines se connaissant visiblement de longue date il était devenu l'un de ces "derniers salons où l'on cause" peu propice au recueillement exigé par la lecture de "Sésame et les Lys". Je m'en retournai donc en murissant quelque alternative quand je remarquai sur ma droite une enseigne au nom de Jean Louis David. Je me souvins alors avoir déjà confié avec satisfaction l'entretien de mes cheveux au personnel de cet établissement dans des circonstances similaires, il y a un an ou plus. Je poussai donc la porte et me retrouvai dans une atmosphère calme, climatisée et aseptisée qui me convenait à merveille. Le personnel était exclusivement féminin et je ne remarquai aucun individu susceptible de se prénommer Jean, Louis, David ou une quelconque combinaison d'entre eux, mais je n'étais pas d'humeur à chicaner d'autant qu'une charmante coiffeuse brune aux yeux clairs m'accueillait d'un sourire et d'un bonjour avenants. M'ayant confortablement installé et fini de balayer les coupes blondes qui jonchaient le sol autour de son poste de travail elle revint vers moi et passant d'un geste naturel la main dans mes cheveux affirma que ma coupe m'allait bien et que j'aurais tord de vouloir en changer. Cette entrée en matière inhabituelle n'était que la première de mes surprises. A peine avions-nous quitté le bac à shampoing que nous étions plongés dans une conversation fort intéressante sur le souci croissant de l'image de soi chez les hommes, vu à travers le quotidien d'une coiffeuse, et agrémenté d'anecdotes piquantes dont le récit témoignait tout à la fois d'une certaine distance philosophique, d'une réelle tendresse pour ses clients et  d'une qualité d'expression inattendue.  J'en était d'autant plus ravi que ma coupe prenait tournure dans une forme magnifiée d'elle-même, parfaitement équilibrée, et dans laquelle je trouvais avec confusion le plaisir de me ressembler, en mieux. Nous en étions à un stade de la conversation où nous évoquions le regard des enfants sur leurs parents lorsque sans l'ombre d'une hésitation ma coiffeuse me demande : "vous avez bien trois filles, dont une à Annecy ?" Chacun d'entre nous connait dans sa vie ces instants de vertige devant un phénomène inexplicable.  Pendant que je confirmai son hypothèse en avouant mon intense stupéfaction se bousculaient dans mon esprit des sentiments puissants de reconnaissance et d'admiration pour cette jeune femme qui se souvenait de quelques bribes de vie privée d'un client rencontré une fois près d'un an plus tôt, ainsi que d’une profonde culpabilité de ne l'avoir pas seulement reconnue. Tandis que finissant de mettre en forme mes cheveux de sa main légère elle me portait le coup de grâce en me demandant si je circulais toujours à moto, je fus traversé par une  citation de John Ruskin lue ce matin même : «L’art est beau quand la main, la tête et le coeur travaillent ensemble».



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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 21:34

La machine à café est au cadre ce que le zinc est à l'ouvrier. Le lieu familier et protecteur où il peut lâcher péremptoirement des jugements définitifs sans trop de risque d'être rappelé au sens commun. Il en profite pour se débarrasser de l'aigreur qui lui gâte la digestion en condamnant sans appel quelque figure publique qui ne sera pas trop défendue par l'assemblée. Depuis l'annonce de sa candidature probable à l'élection présidentielle Nicolas Hulot est devenu une de ces cibles commodes, présentant une telle surface de tir que même un myope maladroit ne pourrait le rater à cinquante mètres. C'est que l'opinion préfère les figures simples qui lui ressemblent et la rassurent par des discours et des postures sans équivoque. Elle aime les propos catégoriques qui font écho aux siens et se méfie spontanément de celui qui semble s'interroger, comme de celui qui ne cache pas sa difficulté à composer avec une réalité complexe. Mes collègues s'indignaient ce matin de l'apparente incohérence d'un homme qui collabore avec un système qu'il critique, mais qui lui apporte une popularité et des ressources dont sa fondation bénéficie. Eux-mêmes ne font pas autre chose en plaçant leurs économies dans une entreprise dont ils ne manquent pas de dénoncer la financiarisation, mais ça ne les retient pourtant pas de s'ériger en juges de vertu. Plus étonnant, pas un des ces inquisiteurs de la foi écologique n'est prêt à se défaire de son TDI de 130 cv ou de son LCD de 127 cm, mais il leur semble scandaleux que Nicolas Hulot prenne l'avion pour aller à l'autre bout du monde. Mais peut-être est-il plus confortable de fustiger chez l'autre ce que l'on n'a pas vraiment envie de regarder en soi même. En ce qui me concerne, j'ai lu avec attention deux livres de Nicolas Hulot, dont celui de ses échanges avec Pierre Rabhi (qui ne semble pas l'avoir considéré comme un imposteur), j'ai vu son film, écouté plusieurs interviews et débats auxquels il a participé. Mon sentiment est d'avoir affaire à un homme qui cherche des réponses avec beaucoup d'énergie, un homme de convictions plutôt que de certitudes, un homme sincère et inquiet, et ce sont pour moi autant de raisons de le respecter et de l'écouter.

 

 


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Lundi 21 juin 2010 1 21 /06 /Juin /2010 22:57

J'avais posté en 2008 un petit article sur les relations entre vitesse et tabagisme. La visite du tout nouveau musée du vélo à Tournus, le jour même de son ouverture, me motive aujourd'hui à tisser quelques liens entre bicyclette et yoga. Il faut dire que dès l'entrée j'ai été accueilli par une jeune femme dont l'attitude chaleureuse et la tranquillité joyeuse ont évoqué pour moi celle qui me donne chaque semaine mon cours de yoga, et peut-être cette perception a-t-elle déclenché les quelques réflexions qui suivent. Il y a certainement différentes façons de faire du vélo ou du yoga, mais en ce qui me concerne les motivations et l'état d'esprit dans lequel je pratique l'un et l'autre présentent des points communs. D'abord dans le fait de se livrer à un exercice physique qui peut être intensif mais ne doit jamais devenir violent ou risquer d'être néfaste pour la santé, et dans lequel je m'intéresse plutôt à mes perceptions dans l'effort qu'à l'évaluation de mes performances. Le vélo comme le yoga me permettent de m'installer dans une durée qui me donne le temps de ressentir les réactions de mon corps, et de chercher à construire le meilleur équilibre possible entre le confort et l'efficacité du mouvement ou la qualité de la posture. Pour la petite histoire, le terme Hatha Yoga fait référence à l’effort et à l’équilibre. Ensuite, l'un et l'autre invitent à une pratique régulière et élargie qui déborde petit à petit du temps de loisir. Il est souvent possible de les intégrer à son quotidien si l'on considère que leur pratique est plus importante pour soi que le confort offert par une voiture ou le divertissement apporté par la télévision, et c'est certainement dans ces conditions que l'on peut en retirer un maximum de plaisir et de bénéfices. Et puis il y a quelque chose de plus philosophique qui, de mon point de vue, établi le lien entre ces deux activités. Elles m'incitent l'une et l'autre à modifier doucement ma présence dans le monde en interrompant pour un temps le flot incessant de pensées qui m'isole de celui-ci. Elles me proposent de devenir attentif et réceptif, en laissant la perception de l'instant prendre le pas sur mes aller-retours intérieurs entre le passé et le futur, aussi proches soient-ils. Par attention à mon corps dans le yoga, et par attention aux changements incessants de l'environnement sur mon vélo, je peux m'ouvrir au réel et découvrir ce que Nicolas Bouvier appelle "le bonheur fondamental d'être au monde". Et je trouve là un support à l'évolution de ma façon d'être, par l'exploration d'une attention à recevoir ce que la vie apporte à chaque instant plutôt qu'à tenter de la contrôler. Promener à vélo, faire une heure de yoga, c'est l'occasion d'apprivoiser la vie plutôt que de la dompter, de la laisser doucement se montrer à moi plutôt que de prétendre lui imposer ma volonté. En admirant le poétique grand bi et le vélo du boulanger avec ses paniers d'osier il m'a bien semblé que leur invention relevait de cette volonté du sage de "trouver sa place" en ce monde plutôt que de l'obsession de "faire sa place" par la poursuite acharnée de ses objectifs.

 


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