Le nouveau président avait décidé qu'il voulait pour nation un vaste terrain de football américain sur lequel on ne devait voir que des joueurs combatifs et remplis d'ambition. Bien entendu, ce n'était pas un rôle que tout le monde pouvait assumer, et l'on voyait en bordure de terrain les plus timides et les plus chétifs remplis de crainte et d'envie. On leur avait bien expliqué que chacun pourrait entrer sur le terrain à sa guise et prendre part à la fête, mais ceux qui avaient essayé avaient été bousculés, renversés et piétinés de telle façon que plus un n'osait s'avancer.

 

Certains avaient alors essayé de parler à l'arbitre pour lui expliquer que si le but était bien que tous puissent jouer, il faudrait s'occuper un peu des moins costauds et peut être les accompagner d'un entraînement spécifiques, où demander aux autres de faire un peu plus attention à eux... mais l'arbitre s'était exclamé : " Les règles sont les mêmes pour tout le monde : c'est ça la liberté ! ", et on ne voyait rien à objecter... ça tombait sous le sens. Alors ils s'étaient retrouvé à camper près du terrain de jeu, et pour passer le temps ils avaient commencé à parler entre eux.

 
A la fin de la journée, les joueurs de football s'étaient séparés en petits groupes fourbus. Les uns vantaient bruyamment leurs succès et leurs exploits, les autres évoquaient leur malchance où leur petite forme... mais tous ne parlaient que du jeu, et de lendemains sportifs.  De l'autre côté, derrière les vestiaires du stade, on avait allumé un grand feu pour pouvoir veiller tard dans la nuit, et on entendant des rires et des chansons. Dans la lueur des flammes les silhouettes découpées étaient joyeusement animées ou tendrement alanguies, mais aucune ne semblait aussi raide et lourde que celles qui quittaient le stade.


 

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