1er sujet de l'épreuve de philosophie en série S : "Le désir peut-il se satisfaire de la réalité ?". On peut déjà s'interroger sur la question, avant de chercher à répondre. Question qui me semble étriquée, avec en elle-même une vision de la réponse centrée sur la satisfaction du désir. Triste à boire... Parce qu'enfin, à quoi sert la philo si ce n'est à enrichir et élargir notre compréhension de la vie, et qui a dit que la question du désir devait être abordée par celle de sa satisfaction ? Le désir est un merveilleux état de vitalité dans lequel l'énergie circule et les sens sont en éveil. Le désir c'est la vie et c'est l'instant où l'individu est au plus près du monde et de l'autre. Tous ceux qui ont un peu d'expérience de la chose le savent : la satisfaction tue le désir et le plaisir revient avec un désir neuf. Ma fille de 12 ans (à l'époque...) me l'a rappelé un jour avec un à-propos qui m'a laissé confondu et honteux. Elle adorait m'emmener dans les magasins et me montrer tout ce qui la faisait vibrer de convoitise. Et un jour où elle me demande de l'accompagner pour aller voir une paire de chaussures à talon je me mets à lui faire la morale sur sa fièvre acheteuse, ses fantasmes de pouffe...etc... jusqu'à ce que d'une voix pleine de larmes elle me demande : "Est-ce que je t'ai déjà demandé de m'acheter ce que je te montre ?" Et bien non, jamais !  Elle voulait juste partager ses désirs avec son père.

En fait, le désir a besoin de la réalité. Le désir du solitaire, enfermé dans ses fantasmes et ses projections est un désir triste qui s'apparente plutôt à une fuite dans le rêve. C'est au contact des autres et du monde, et dans le bonheur de le partager avec ceux que l'on aime, que le désir nous fait aimer la vie plus fort. Et c'est ça l'important, pas la satisfaction. Mais les sujets du bac ont sûrement été écrits par de raisonnables adhérents de la CAMIF qui croient que le plaisir comme la connaissance sont la récompense de leurs efforts méthodiques, et la seule raison de nos actions. Tristes exploitants de désirs moralisés.   Ils seraient surpris de découvrir qu'au contraire nous apprenons et nous désirons pour le seul bonheur d'être vivants, et que leur culture de l'objectif à atteindre et de l'évaluation des résultats nous gâche gravement le désir.


 

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