Rendez-vous avec ma fille en terrasse de café hier soir. J'arrive un peu en retard et je la trouve en grande conversation avec les gars de la table à côté : la petite cinquantaine, l'un plutôt routard, l'autre plutôt artiste... Le premier est photographe, et il a tiré le portrait de ma fille quand elle s'est installée. L'énorme appareil qui trône sur sa table vous pose tout de suite le propriétaire. Les gros appareils photo, c'est comme les gros 4x4. La plupart de ceux qui les exhibent ont l'air de guignols frimeurs, mais de temps en temps on tombe sur un dont l'allure force le respect parce qu'on voit tout de suite que photo-reportage ou piste lointaine, c'est pour lui une façon passionnée d'être en relation avec le monde. Alors on parle tous ensemble de photo, de technique artistique, d'actualité... et le temps passe tranquillement comme si on était copains depuis toujours. 

Pourquoi je vous raconte ça ? Peut-être parce que ces moments partagés avec des inconnus me font du bien. Je vois souvent le monde comme dominé par la méfiance et la peur de l'autre. Dans l'entreprise comme dans la vie sociale, on cède petit à petit aux réflexes de suspicion généralisée mais il y a plus à perdre qu'à garder en fermant notre porte à ceux que l'on croise. Lors du réferendum de 2005 sur la constitution pour l'Europe, ma mère qui avait alors 86 ans m'a dit : "je préfère avoir tort de faire confiance, qu'avoir raison de me méfier" et c'est une phrase que je garde avec moi comme le plus précieux des héritages. Merci Sylvain, de ne pas hésiter à photographier les jeunes filles à la terrasse des cafés. Non seulement ça leur fait plaisir, mais c'est aussi l'occasion de faire passer un bon moment au papa !


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