Imaginez... un délicieux lac de quelques 5 kilomètres de long sur 1 de large, entouré de collines à vaches et de bois, avec quelques villages serrés autour de leur clocher. Imaginez les barques des pêcheurs, un petit club d'aviron qui offre au promeneur le spectacle inattendu d'un skiff solitaire ou d'un "quatre avec barreur" glissant silencieusement sur fond de canards et de roseaux. Quelques pédalos de copains venus des bourgades voisines, une demi douzaine de dériveurs...  et soudain, dans le rugissement des moteurs, 2 ou 3 hors-bords puissants tractant monoski ou bouée avec leur chargement de jeunes gens bronzés à point.

Et en les regardant passer, cramponné à mes avirons, ce sont des paroles de Brel qui me reviennent...

Elles, elles ont l'arrogance
Des filles qui ont de la poitrine
Eux, ils ont cette assurance
Des hommes dont on devine
Que le papa a eu de la chance...

Lequel papa a calé sa bedaine sous le volant du hors-hord, et promène son petit monde en secouant à chaque passage les barques de pêcheurs et rameurs sportifs. Que faut-il en conclure, si ce n'est que sur l'eau des lacs comme sur les routes c'est l'argent qui a raison, permettant à une poignée de crétins fortunés de jouir de leur supériorité mécanique au mépris du plus grand nombre. Et pourquoi s'étonner de voir les voitures customisées des jeunes de banlieue remonter les rues tranquilles de nos quartiers à des vitesses inquiétantes, dans le hurlement de leur sono ? Ils ont simplement bien compris quels sont les signes extérieurs de réussite de notre temps !

 

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