Je travaille dans une des 40 sociétés dont la cotation des actions en continu constitue le célèbre indice CAC 40. Pas une des plus grosses comme Total, dont le poids dans l'indice impacte fortement sa variation, mais une dans la moyenne. J'ai vu, au fil des années, la montée en puissance du discours et des initiatives de la direction en faveur de l'actionnariat du personnel, et je m'en suis tenu à l'écart, encaissant mon intéressement aux résultats en tant que revenu assujetti à l'impôt tandis que mes collègues l'investissaient en actions, bénéficiant d'abondement et d'exonération fiscale. C'est plus fort que moi, j'ai du mal à me réjouir le matin de l'augmentation du cours et fustiger l'après-midi les décisions d'externalisation ou de délocalisation.

Mais là n'est pas mon propos. Malgré mon désintérêt pour la chose, il m'arrive de plus en plus fréquemment d'avoir sous les yeux des informations et autre propagande vantant les performances boursières quasi miraculeuses de l'entreprise. Hors j'ai eu ce matin le regard interpellé par une splendide double courbe en dents de scie, qui mettait en évidence le parallélisme presque parfait entre le cours de l'action et l'évolution dudit CAC 40. Vaguement intrigué, dans mon ignorance des grandes lois naturelles qui régissent les marchés financiers, je m'en allais quérir les courbes des années précédentes, pour constater que depuis 5 ans au moins les deux marchent de conserve, comme d'inséparables jumeaux...

Mon étonnement ferait certainement ricaner bon nombre de mes collègues mieux informés, à qui je me garderai bien de poser la question qui m'obsède : "Si, comme la direction nous l'explique, cette action représente l'ultime résultat des efforts de tous les salariés, comment se fait-il qu'elle n'ait aucune autonomie par rapport à l'indice CAC 40 ?"  Où dans une formulation plus familière, et qui porte sa réponse en elle-même : "Pourquoi me fatiguer si c'est DuCAC qui me les ramasse ?"

 
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