J'ai évoqué Turin avec ma fille au téléphone, pour un petit week-end fin juillet. La dernière fois que je suis allé à Turin c'était pour écouter Petra Magoni, et j'ai envie de vous parler d'elle et de ses amis. Imaginez une italienne haute comme la moitié d'une contrebasse, avec un gentil physique qui ne ferait pas forcément un carton à l'audimat de la Rai Uno, et un air de douceur espiègle qui à la Star Ac lui donnerait l'air d'un moineau perdu dans une basse-cour. Mais quand elle commence à chanter, on voit les oreilles du public se redresser comme des tournesols au soleil. C'est une espèce de mutation instantanée qui se produit, un genre d'alchimie mystérieuse et instable qui s'empare de ce petit corps gracieux pour en faire sortir une voix capable de passer de la plus chaleureuse intimité à l'énergie la plus imprévisible. Avec un répertoire qui joue le grand écart entre classique et jazz, entre rock et folklore, et une fantaisie personnelle qui touche parfois à l'extravagance la plus débridée. Avec elle sur scène, dans ce grand auditorium un peu froid du Lingotto (les anciennes usines Fiat), son complice et contrebassiste virtuose Ferruccio Spinetti, Stefano Bollani compositeur, pianiste de jazz talentueux, et compagnon de Petra Magoni dans la vie, et aussi l'attachant Antonello Salis, improbable quinquagénaire sarde à physique de maçon et dégaine de grand gamin pataud, ses grosses mains qui arrachent de l'accordéon un souffle d'une humanité et d'une énergie qui vous laissent frissonnant d'émotion, lui ruisselant à grosses gouttes sur le petit sac à dos qu'il a posé entre ses pieds. Il y a plus de vingt ans on trouvait cet autodidacte de la musique aux côtés de Lester Bowie, Antony Braxton, Don Cherry ou Michel Portal.

Etrange formation qui se promène et vous promène entre chaleur et fantaisie, entre tendresse et éclats de rire, entre performance musicale et plagiat improvisé de Paolo Conte. Heureux musiciens qui vous font entrer le temps d'une soirée dans ce monde de Musica nuda qu'il ne faudrait surtout pas habiller du packaging de ce jazz vocal à la mode, celui qui fait les belles recettes de fin d'année des marchands de disques. Je ne citerai personne.

http://www.petramagoni.com

 
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