Difficile de vous parler d'elle, de là où je suis. Même les mots les plus simples ne me conviennent pas : ni "ma  mère", ni "maman" ne peuvent faire l'affaire. Ce sera donc Séverine. C'est une vieille dame qui s'éteint dans un hôpital, comme ces lampes dites "simulateur d'aube" qui par cycles réguliers perdent et retrouvent leur luminosité. Mais l'énergie vient à manquer, et la lumière devient lueur fugitive. C'est une vie qui se termine, et selon ses propres mots dimanche dernier : "une vie comme toutes les autres, unique". Son histoire, assez banale, ne peut pas vous intéresser beaucoup, même si elle a valeur d'exemple de ce qu'a vécu une dernière génération du noyau européen avant le traité de Rome : la famille qui fuit le fascisme, la pauvreté, la guerre, puis la construction d'un avenir meilleur grâce à l'éducation et au travail. C'est pour ça qu'elle était triste en 2005, après le référendum. Pour elle, dont les parents lisaient  laborieusement le "Corriere della serra", il y eut aussi une conviction profonde que seule la culture pouvait permettre aux hommes de grandir, et particulièrement la littérature. De tout ça, on pourrait dire que ce sont les faits d'une vie. Ce qui est facilement racontable et qui situe une existence dans un lieu, une époque, un milieu.

Mais les enfants ne s'intéressent pas aux faits. Les enfants sont de petits animaux sensitifs et  instinctifs, pour lesquels l'important n'est pas dans la part objective des évènements. Ce qui compte pour eux, c'est la perception qu'ils ont du bonheur de leurs parents. C'est pour ça que le cahier de poèmes que Séverine m'a donné est important.
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