Margaux découvre à 19 ans le monde de l'entreprise, en tant que conseillère téléphonique intérimaire chez SFR. On sait que cette entreprise connaît un sérieux conflit social suite à l'externalisation de son service client. Près de 2000 salariés SFR ont été transférés chez Téléperformance, spécialiste des prestations téléphoniques. D'où leur inquiétude, et leur sentiment d'être considérés comme bêtes de somme que l'on peut céder à autrui sans leur demander leur avis. Il se trouve que c'est contre ce personnel que Margaux s'indigne et non contre la direction qui optimise ses bénéfices en se débarrassant de ses employés. Elle s'irrite en effet de voir ses collègues se plaindre sans arrêt de ce qui leur arrive, et retourner leur ressentiment vers le personnel d'encadrement de leur nouvel employeur. Bien que consciente de la difficulté de leur situation, elle n'accepte pas cette attitude et les dérives de comportement qu'elle entraîne dans le travail. La réaction de Margaux me paraît saine, et j'adhère personnellement à l'attitude qui consiste à tenter de rester positif quelle que soit la situation, tout en essayant de la faire évoluer ou en se préparant à la quitter. Mais je trouve que le discours actuel qui incite chacun à chercher en lui-même les réponses à ses difficultés renvoie l'individu à ses propres limites sans apporter de soutien collectif. Et l'invitation de M. Sarkozy à retrousser nos manches pour améliorer notre sort me semble relever de l'incantation dans un monde où le courage et la bonne volonté des individus peu qualifiés n'ont aucun poids face à une loi du marché qui les considère comme remplaçables au gré des opportunités. Alors d'accord avec Margaux pour s'irriter de la passivité plaintive et revancharde, mais pas d'accord avec Sarko pour penser que le fond du problème est individuel et que notre système économique permet à chacun de trouver une place décente et des voies de progression sociale.
 

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