Claire est une jeune fille remarquable par ses qualités relationnelles, sa disponibilité et sa compétence discrète, et qui travaille bénévolement pour Casa. Il ne s'agit pas de l'entreprise que tout le monde connaît, qui nous vend bon marché ce qu'elle achète pour rien dans les pays pauvres, mais d'une association fondée en 1967 par le père Alain Ponsar, prêtre parisien, avec pour objectif de proposer aux visiteurs des édifices religieux un guide qui leur permette  "la découverte du langage qui y est contenu". Claire nous a donc accueillis à l'entrée de l'église du plateau d'Assy en Haute Savoie, un matin où la pluie dissuadait tout projet de promenade en montagne. Cette église construite par l'architecte savoyard Maurice Novarina intègre dans sa structure même des œuvres de Fernand Léger, Matisse, Chagall, Braque ou Rouault et un crucifix de Germaine Richier. Notre visite a duré près de deux heures, pendant lesquelles Claire nous a expliqué avec une impressionnante culture de l'art religieux la signification de chacune des œuvres, et leur relation avec les évangiles ou l'ancien testament comme avec le contexte de la construction de cette église très particulière. C'est certainement la plus intelligente, la plus personnalisée et la plus amicale des visites guidées auxquelles j'ai participé, et notre petit groupe de quatre (dont deux athées quasi militants),  a voulu témoigner de sa satisfaction unanime en faisant une donation dépassant largement le montant d'un pourboire, pour que cette association puisse continuer son travail. De retour dans la vallée, et selon mon habitude, j'ai fait une rapide recherche sur le web pour trouver des informations complémentaires sur l'association et son fondateur. J'ai appris essentiellement deux choses. D'abord que Casa est maintenant une organisation regroupant plus de 40 "communautés" de plusieurs centaines de guides, sur 21 sites, dont une centaine de bénévoles actifs toute l'année à Notre-Dame de Paris, et que l'ensemble des dons et pourboires, cotisations des guides et membres de l'association servent exclusivement à "faire vivre" celle-ci. Ensuite que le père fondateur Alain Ponsar a acheté pour sa retraite le presbytère du joli village vigneron de Clessé en Mâconnais, et qu'il a perdu en janvier dernier le procès qu'il intentait à sa commune pour que cessent les sonneries de cloches qui troublaient son repos. Plainte en justice plutôt cocasse de la part d'un homme de foi tout dévoué à la visite des églises, mais qui étonne plus encore quand on apprend qu'il réclamait 60 000 euros de dommages et intérêts pour le "préjudice" subi. Je redoute de tirer des conclusions trop rapides à partir d'informations partielles, mais je trouve qu'elles laissent un goût amer de cupidité et j'en suis un peu écœuré pour notre charmante et remarquable guide.

 
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