Je lisais le compte rendu d'un débat auquel participait le philosophe et politique Luc Ferry, et j'ai trouvé son discours remarquable. M. Ferry expliquait que l'homme de droite libéral est enfermé dans une contradiction qu'il ignore lui-même : en tant qu'homme de droite il désire un retour aux valeurs traditionnelles, et en en tant que libéral il rêve d'une expansion infinie de la consommation. Pourtant, nous dit M. Ferry, les deux sont incompatibles pour la simple raison que le meilleur consommateur est celui que l'absence de valeurs pousse dans une boulimie de satisfactions matérielles et éphémères. Tel le drogué obligé d'augmenter la fréquence des prises et le volume des doses pour compenser le phénomène croissant du manque, il devient ainsi le client idéal dont rêve tout producteur ou revendeur. Par ailleurs, M. Philippe Meirieu bien connu pour ses recherches sur l'école et l'enseignement, déclare dans une interview : "aujourd'hui le moteur de la croissance n'est autre que la pulsion d'achat, or la pulsion est l'inverse exact de la réflexion", et il affirme que "les pédagogues sont de plus en plus confrontés à ce problème" car on ne peut pas "proner un retour à l'autoritarisme" d'un côté et "ériger le caprice en absolu" de l'autre. Cette similitude de points de vue entre un philosophe athéiste de droite et un pédagogue chrétien de gauche, respectés l'un et l'autre pour leurs travaux, invite à s'interroger sur les relations entre valeurs humaines et comportements d'achat. Je suis d'ailleurs frappé d'identifier immédiatement dans mes connaissances des figures emblématiques de deux types. D'une part des icônes de réussite matérielle qui vous parlent essentiellement de ce qu'ils viennent d'acheter ou qu'ils ne vont pas tarder à s'offrir (4x4, vacances de luxe, home cinéma ou jacuzzi...), mais dont je sais que la vie sociale et affective agonise sous un épais linceul de faux-semblants, et d'autre part des exemples d'humanité assumée, dont les qualités relationnelles et l'épanouissement personnel semblent aller de pair avec l'indifférence aux bonheurs de la consommation. Pour conclure, je vous recommande la lecture de "Vivre", étude du bonheur par le psychologue hongrois Mihaly Csikszentmihalyi ( j'y suis arrivé !) dans lequel il démontre que les gens les plus heureux sont ceux qui investissent leurs convictions et leurs émotions dans chaque instant de leur quotidien.

 
nti_bug_fck
Retour à l'accueil