Strip2.jpgHier à la table du déjeuner, ma fille me parlait d'une de ses amies qui passe de plus en plus de temps chez les Sims, et de moins en moins dans le monde réel. Les Sims sont les personnages fictifs d'un des jeux informatiques les plus vendus au monde, et dont l'intérêt principal consiste pour le joueur à faire vivre au personnage qu'il a créé un maximum d'expériences qu'il aimerait vivre dans la vie réelle. En effet, le monde des Sims ressemble tout à fait à celui que nous connaissons, et ses diverses extensions permettent d'habiter une villa de rêve, d'organiser des fêtes, de partir en vacances sur une île, de sortir en amoureux ou de devenir une star de la chanson ou de la mode. Je faisais remarquer à ma fille que s'il est évidemment malsain et suicidaire de fuir la réalité de sa vie dans un monde virtuel, il existe une version symétrique et perverse de ce travers qui consiste à mettre toute son énergie à déguiser la réalité pour en faire une image conforme à un modèle de réussite rassurant. Il me semble en effet que ce qui peut facilement être regardé comme une volonté constructive de confort matériel et de reconnaissance sociale masque souvent l'incapacité à affronter une réalité intérieure faite de peurs, de doutes et de douloureuses contradictions. Le monde extérieur joue alors le rôle de monde virtuel, dans lequel on peut mettre en scène un avatar libéré de ses angoisses profondes. Quelques heures plus tard, je découvrai comme des millions d'autres français les images d'un nouveau couple, dont on ne saurait dire lequel de ses membres se trouve le plus valorisé socialement par cette exposition médiatique. De façon assez symétrique, on pourrait dire que chacun y gagne une audience et un capital d'admiration élargis, au risque du mépris d'une minorité qui considère que la recherche de popularité est l'ennemi du progrès, en art comme en politique.

 
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