Le soleil a brillé ce dimanche sur les montagnes qui entourent Grenoble, et nous avons décidé en début d'après-midi d'aller marcher un peu dans un paysage enneigé. Nous sommes partis vers le massif le plus proche sans avoir vraiment défini notre but, mais j'avais eu le matin une petite idée que je gardais au chaud dans l'éventualité d'une conjoncture opportune. Pendant que nous prenions la direction d'un village connu je proposais : "Et si on allait souhaiter la bonne année à Jean Pierre ?"  Pour ceux qui reviennent régulièrement sur l'alblog (c'est à dire la majorité de mes lecteurs qu'un jour j'inviterai tous chez moi), Jean Pierre est le délicieux grand-père de l'article "Parler aux inconnus" (si par hasard vous ne l'avez pas lu, vous pouvez y aller maintenant, je vous attends ici). L'idée de frapper à sa porte à l'improviste pour présenter nos vœux me semblait conforme à l'esprit de notre première rencontre et susceptible de lui faire plaisir. Elle reçu une adhésion immédiate qui précisa ainsi notre destination. Mais il fallut d'abord traverser une petite station de ski, et je ne me souviens pas d'avoir déjà vu autant de voitures et d'amateurs de neige dans cette région. Entre les centaines de véhicules garés au bord des routes et la procession laborieuse des skieurs, surfeurs, randonneurs et autres piétons porteurs de bébés et tracteurs de luges en limite de charge autorisée, notre progression vers les hameaux plus tranquilles fut plus lente que prévu. De plus la maison de Jean Pierre était vide bien qu'une paire de skis soit plantée dans la neige devant son portail et la clé dans la serrure, à l'extérieur. Ayant laissé la voiture un petit kilomètre en contrebas, nous avons continué notre promenade vers le dernier hameau d'où une vue plongeante sur la plus grande station de la région nous poussa à faire demi-tour. Or, au moment de repasser devant sa maison une femme souriante et un peu plus jeune que lui traversa la rue pour franchir son portail. Un quart d'heure plus tard, nous étions attablés en leur compagnie devant une tasse de thé et une assiette de gingembre confit, devisant joyeusement sur "L'art de parler des livres qu'on n'a pas lus" (Pierre Bayard) et une certaine Carla qui serait devenue sarkopositive (dixit Jean Pierre). Il faisait sombre sur le chemin du retour, et les villages de nouveau silencieux avaient retrouvé la torpeur engourdie des nuits d'hiver en montagne. Nous sommes redescendus doucement, ravis en tous points de notre escapade et de ce bon moment partagé. Lundi matin un collègue de bureau me racontait avec des restes de frustration comment il avait fait demi-tour à l'entrée d'une station, après une heure de route dans un trafic de périph' aux heures de pointe, incapable de trouver une place de parking et convaincu que sa sortie de ski serait réduite pour l'essentiel à un long piétinement au pied des remontées mécaniques. J'ai alors repensé aux articles lus dans Courrier International (3 janvier) à propos de la tendance récente au "downshifting" d'une proportion significative de Suédois, Australiens et autres habitants de pays à niveau de vie élevé. Le terme de "downshifting" a été traduit par "simplicité volontaire", et désigne une réduction délibérée de la consommation, liée à l'expérience concrète des limites de celle-ci en tant que source de plaisir, et mise en concurrence avec le temps consacré à la construction patiente d'une vie affective et sociale conforme à nos affinités.

 
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