Je termine la lecture d'une thèse de sociologie* qui décrit les discours et pratiques de ce que l'auteur nomme "la nébuleuse psycho-mystique". On y parle de cette offre pléthorique de stages et activités ayant pour finalité de nous aider à dépasser définitivement les difficultés de l'existence et accéder au bien-être, à l'équilibre et à l'épanouissement individuel. Et il s'agit bien d'une nébuleuse, au sens figuré défini par le Petit Larousse : "Rassemblement d'éléments hétéroclites, aux relations imprécises et confuses". On y trouve en effet de multiples pratiques relevant de quatre domaines distincts (les exemples viennent du site Terre du Ciel) : le développement personnel, flirtant volontiers avec la psychothérapie (Devenir soi-même, choisir sa vie - Guérir nos mémoires - Communication Non Violente...), les loisirs créatifs (Écriture poétique - S’exprimer avec la terre - Calligraphie arabe...)  les approches corporelles orientalistes (Formation Yoga Sadhana - Massages ayurvédiques - Qi-Gong et énergétique chinoise...), et enfin la spiritualité et les croyances mystiques (Philosophie de l'Inde - Retraite chamanique - Prière de Jésus...). Hétéroclites, en effet ! L'objet de la thèse n'était pas de porter un jugement ni d'évaluer les chances de réussite des adeptes, mais de savoir dans quelle mesure on peut considérer qu'il s'agit d'une évolution des pratiques religieuses. La conclusion qui réfute cette hypothèse ne manque pas d'intérêt, redonnant à mon sens ses dimensions sociales, culturelles et  philosophiques à la notion de religion, par opposition à une conception plus individuelle et mystique de la chose. Pourtant en ce qui me concerne, je retire surtout de ma lecture une meilleure compréhension de ce phénomène, et quelques réflexions personnelles. Dans un monde où le succès et le bonheur sont devenus des valeurs collectives mais où chacun est supposé trouver en lui-même les moyens d'y accéder, il n'est pas surprenant que de nombreuses personnes cherchent de l'aide. Je trouve qu'il y a pourtant une contradiction entre cette recherche de "chemins du bonheur" et le refus de la pression sociale. En effet, pour les membres de "la nébuleuse" il n'y a rien de commun entre le modèle collectif qu'ils dénoncent (succès professionnel, réussite matérielle, performance et hédonisme individuel...) et les objectifs de leur démarche personnelle (bien-être physique et psychologique, sérénité intérieure, capacités relationnelles...). Il me semble pourtant qu'au final les uns et les autres apportent la même réponse à la question du sens de la vie ; "si la vie a un sens, c'est dans la recherche du bonheur". Personnellement je trouve qu'il serait intéressant de questionner d'abord la pertinence de cette recherche, et je vous invite à méditer sur ma bannière la (bonne) parole de Nicolas Bouvier : "il y a dans le simple fait d'être au monde quelque chose de fondamentalement heureux".

* V. Rocchi - 1999 - Du religieux au thérapeutique : Etude sociologique des réseaux psycho-mystiques contemporains. 

 
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