J'ai roulé un peu cette fin de semaine. Samedi pour aller dans la Drôme, et dimanche pour aller me promener. Dans les deux cas, j'ai constaté que mon rythme de conduite sur route sinueuse est un peu en dessous de celui de nombreux conducteurs, auxquels je m'efforce de donner la possibilité de dépasser. Comme dit Erri de Luca à propos des courses en montagne : "ceux qui veulent marcher plus vite que moi, je préfère les avoir devant que derrière". Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir longtemps aimé rouler vite, en voiture comme à moto. C'est une tendance que j'avais adoptée dès mon premier Solex, dont je me vantais de pouvoir racler la béquille dans les virages (le ressort de rappel était un peu détendu....). Une bonne demi-douzaine de motos a suivi, ainsi que quelques voitures sportives et j'ai longtemps gardé l'habitude de rouler très concentré sur la conduite et plutôt indifférent aux limitations de vitesse. Il y a près de deux ans que j'ai décidé de changer cette façon de faire à l'occasion d'un stage de récupération de points de permis. Entre autres raisons au changement, il y avait une prise de conscience du fait que la sécurité est une affaire collective, ainsi que le refus d'être assimilé aux dangereux abrutis avec qui j'avais fait le stage. Mais mon propos n'est pas de moraliser, et encore moins de me citer en exemple de pécheur repenti. C'est tout simplement d'évoquer le plaisir retrouvé de rouler doucement, attentif au paysage autant qu'à la route, sans avoir à souffrir de l'inconfort d'une conduite rapide ou de l'irritation de se trouver coincé derrière un anglais en vacances. Pour moi qui ai aussi été un fumeur assidu pendant plus de quinze ans, il y a un parallèle évident entre renoncer à la vitesse et renoncer au tabac. D'ailleurs ces pratiques ont bien des points communs. Sensation de plaisir directement liée à l'habitude, sentiment paradoxal de détente dans l'usage d'un excitant, frustration en cas de contrainte qui interdit la pratique, déni du risque objectif, la vitesse est probablement une addiction au sens clinique du terme avec la libération d'endorphines qui rassure et donne l'illusion de bien-être. Je suis frappé en écrivant ces lignes par la présence historique et continue des fabricants de cigarettes dans les sports mécaniques : Marlboro Team en moto et formule 1, John Player avec Norton et Lotus, Team Yamaha Gauloises et Ligier Gitanes plus près de chez nous, tabac et vitesse sont étroitement associés dans une image très cohérente de l'affirmation de soi. En réalité, arrêter l'un et l'autre c'est aller bien au-delà de la prise en charge de sa santé et sa sécurité pour découvrir un sentiment de liberté que les enchaînés au dépassement limite et au bar-tabac du dimanche soir ne peuvent même pas imaginer.
 
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