Je termine la lecture de "L'architecture du bonheur" d'Alain de Botton, jeune professeur de philosophie londonien et atypique, chez qui l'érudition n'empêche ni la curiosité modeste et bienveillante, ni la simplicité et l'humour dans l'expression. Et c'est certainement un professeur d'exception, celui qui peut nous séduire le temps d'un cours ou d'un ouvrage, mais que l'on quitte avec le sentiment d'avoir "été rendu" un peu plus intelligent et sage. Ce traité qui se parcourt comme une promenade architecturale et historique nous invite à questionner notre perception de l'esthétique et à prendre quelque distance avec nos certitudes et nos préjugés. Dans ce domaine comme bien d'autres, la tolérance et la liberté de choix naissent de la compréhension des autres et de nous-mêmes, ainsi que de l'identification précise de ce qui provoque nos propres réactions. Alain de Botton développe donc au fil des pages une analyse éclairant les sources du sentiment de beauté, en s'appuyant sur ce constat de Stendhal, "La beauté n'est que la promesse du bonheur". Il nous montre de quelle façon nous sommes sensibles à l'évocation de ce que nous recherchons inconsciemment, et que nous reconnaitrons dans la contemplation d'un bâtiment ou d'un intérieur à l'image de nos aspirations profondes. Instantanément transformée par ce recul, la perception de ce qui nous séduit devient un jeu de décryptage du désir caché dans le regard. Même les roues de charrette et les nains de jardins d'une cité ouvrière conçue par Le Corbusier apparaissent soudain comme un doigt pointé vers l'indifférence du créateur envers l'image du "chez moi" idéal des futurs occupants, bien plus que comme preuve de leur inculture congénitale. Je referme ce livre avec l'envie d'élargir et décliner cette intelligence du regard à d'autres objets de perception. Comment le choix d'un vêtement ou d'une paire de chaussures peuvent-ils m'informer sur mon désir inconscient d'être un peu différent de ce que je suis ? En quoi mon sentiment d'attirance vers certaines personnes, hommes, femmes ou enfants, me renseigne-t-il sur mes aspirations ? Introspection superflue et narcissique, ou moyen pratique et amusant de vivre notre quotidien avec une présence lucide et une meilleure compréhension de nos besoins... à chacun d'en décider selon son goût pour la philosophie appliquée. Dans tous les cas je recommande les ouvrages d'Alain de Botton qui nous invite avec humour à faire un pas de côté pour regarder nos vies avec intelligence et légèreté. Une lecture parfaite pour les vacances !

 

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