Je ne vais pas vous parler de M. Obama, malgré l'immense plaisir que son élection m'a donné, mais de l'ancien quartier industriel du 8ème arrondissement de Lyon, ainsi baptisé en 1917 en honneur de l'allié américain, et où je suis allé flâner ce dimanche. Ce n'est pas l'histoire de la première guerre mondiale qui m'attirait là, mais le désir d'y retrouver l'œuvre et la pensée visionnaire de l'architecte Tony Garnier, plus connu pour la grande Halle ou le stade de Gerland. En effet, le maire radical-socialiste de l'époque, Edouard Herriot, confia à Tony Garnier la construction dans ce quartier d'un ensemble d'HBM, Habitations à Bon Marché, destinées à «sauver l’ouvrier du taudis». Il ne pouvait pas mieux choisir que ce fils de canuts de La Croix-Rousse, dont la vocation d'architecte était due au désir d'améliorer les conditions de vie des familles modestes. Grand Prix de Rome et admis à la villa Médicis en 1899, ses premières études pour la Cité Industrielle font scandale à l'Académie de Paris où on le croit en train de travailler sur l'architecture des sites archéologiques romains. Mais Tony Garnier n'a que faire du passé glorieux de la cité antique. Il rêve d'une ville moderne, rationnellement organisée pour le bonheur de tous. Il est persuadé que le progrès et les nouvelles techniques de construction apporteront aux moins fortunés un cadre de vie qui transformera leur existence. Des logements spacieux et lumineux dotés de chauffage et de sanitaires, partout des espaces verts et des parcs, une ville organisée en zones distinctes desservies par des transports efficaces pour ne plus vivre au milieu des usines, de nombreux équipements publics d'une architecture simple et fonctionnelle, gymnases, piscines, bibliothèques et auditoriums, salles d'assemblées. Dans la Cité de M. Garnier, pas d'églises ni de prisons, pas de murs d'enceinte ni de clôtures...  Déjà, on l'obligea à faire des économies à Lyon : moins d'espaces verts, 5 étages au lieu de 3, plus de garderie, mais les 1600 logements ouvriers qui ont été construits là sur un projet d'avant 1905 font néanmoins honte par leur qualité à tous les HLM bâtis depuis les années 50, et à bon nombre d'ensembles "de standing" des dernières décennies. Alors que s'est-il passé ? Les trente glorieuses devaient apporter le bien-être urbain aux habitants des nouvelles cités mais on les a entassés par milliers dans de gigantesques clapiers au milieu de nulle part, et aujourd'hui ils n'ont plus la moindre chance d'acquérir un logement décent dans un quartier agréable.  Pourquoi l'essentiel du logement social construit à cette époque est-il bon à dynamiter ? Qui donc a escamoté cette radieuse utopie du progrès pour la remplacer par des automobiles turbocompressées et des écrans plats haute définition ? Questions naïves, bien sûr, auxquelles je ne veux pas entendre les réponses. Non merci, vraiment je ne veux pas qu'on m'explique, je préfère aller flâner le dimanche dans la Cité Industrielle de M. Tony Garnier.

 
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