Ersatz : un mot désagréable, qui évoque surtout les privations en temps de guerre, et qui a resurgi dernièrement dans l'actualité à propos du"minerai de viande" utilisé dans la préparation de plats cuisinés. Le dictionnaire propose la définition suivante : "produit de consommation destiné à remplacer un produit naturel", et cette définition a été plaisamment confirmée par la première dame de France déclarant au corréziens : "je suis en quelque sorte un ersatz de François Hollande". Ce propos invite, volontairement ou non, à une réflexion sur le champs d'application de l'ersatz et sur le nombre de produits, de services, voire de concepts qui pourraient aujourd'hui être considérés comme tels. Mais l'importance de l'inventaire à réaliser donne le vertige, et partout où l'on porte le regard il semble que notre civilisation se soit donné pour objectif de substituer au "produit naturel" l’ersatz plus facile à produire, à commercialiser et à consommer. Les énumérer et les classifier serait un travail long, fastidieux et certainement déprimant. Aussi je laisse à chacun le soin d'en identifier quelques uns, depuis les produits alimentaires d'un caddie de supermarché jusqu'aux vacances en club et voyages organisés en passant par les "réseaux sociaux" sur internet. Il s'agit là d'un vaste marché, et le développement des technologies numériques a permis d'en repousser les frontières jusqu'à annexer des territoires aussi intimes que la sexualité. Plus facile à produire, à commercialiser, à consommer... Si l'on déplore cette évolution il est bon d'en comprendre l'origine, et le 19ème siècle ne manque pas d'auteurs qui ont vu dans le développement industriel et économique de leur temps les premiers symptômes de cette maladie inoculée par le capitalisme triomphant. Alexis de Toqueville, John Ruskin, William Morris... Morris qui s'exprimait ainsi dans le cadre d'une conférence en 1894 : "Aujourd'hui, l'abondance d'informations est telle que nous connaissons l'existence de toutes sortes d'objets qu'il nous faudrait mais que nous ne pouvons posséder et donc, peu disposés à en être purement et simplement privés, nous en acquérons l'ersatz. L'omniprésence des ersatz et, je le crains, le fait de s'en accommoder forment l'essence de ce que nous appelons civilisation."  

 

 

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