"Qui paye ses dettes s'enrichit" dit le proverbe, mais les explications glanées sur la toile ne sont pas très convaincantes au regard de l'actualité. On pourrait ne pas être d'accord, ou ajouter comme Francis Blanche, "surtout s'il les paye d'ingratitude". Pourtant, j'adhère volontiers à cette maxime lorsqu'il s'agit d'autres dettes que les dettes d'argent. "Dette morale",  "dette d'honneur" ou "dette d'amitié" sont peut-être des expressions passées de mode (9040,  8820 et 424 réponses sur Google) mais chacun comprend bien ce qu'elles signifient. La dette que je voudrais payer ce soir n'implique donc aucun débit bancaire et mes chances d'en sortir enrichi sont d'autant plus grandes. Le 18 octobre 2008, je vous avais en effet promis dans le P.S. de mon article quelques explications relatives à une rentrée difficile, que j'évoquais comme excuse à l'état d'abandon de ce blog. En fait, mon chef avait changé de sexe. Je sais, dit comme ça c'est surprenant. Mais de nos jours dans les grandes entreprises, le chef comme l'employé n'est plus un individu spécifique mais simplement une case d'organigramme dont le contenu est facilement remplaçable. Il se trouve donc que l'espace virtuel qui me gouverne s'est trouvé soudain rempli à déborder par une jeune et brillante "executive woman" en pleine ascension, et que le round d'observation du mois de septembre m'a plongé dans un profond désarroi. Ce nouvel entraîneur s'avérait agressif et rapide, et mon jeu de jambe comme mon art de l'esquive souffraient gravement d'une pratique devenue routinière et sans surprises. On pouvait craindre à juste titre une dérive vers un affrontement brutal et sans élégance, plus proche du combat de rue que d'une démonstration de boxe anglaise. J'envisageais sérieusement de jeter les gants et changer de salle de sport... Mais que pensez-vous qu'il arriva ?  Et bien, c'est là que ma dette envers vous se double d'une dette envers elle. J'avais tout faux. La terreur du ring était simplement une boxing girl pleine d'énergie, et fort désireuse d'être le sparring partner de son équipe. En quelques ajustements réciproques et quelques semaines d'entraînement j'ai retrouvé un plaisir matinal à pousser la porte des vestiaires qui s'était progressivement et insidieusement perdu dans la routine. Je paye donc ma dette en rendant grâce pour cette bonne fortune que j'avais prise pour un mauvais coup du sort, et je m'enrichis d'une petite morale de l'histoire. : il y a deux façons de prendre de l'âge, qui nous entraînent vers deux figures opposées : celle du vieillard frileux et avare de sa confiance, ou celle du grand-père serein et joueur, reconnaissant pour chaque occasion de confronter son expérience à l'énergie des plus jeunes. Et le choix d'une de ses deux options se fait peut-être bien plus tôt et beaucoup moins consciemment qu'on ne l'imagine.


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