A la fin de la seconde guerre mondiale, l'ingénieur américain Preston Tucker, dont la Tucker Aviation Corporation avait fait fortune en fabriquant des tourelles à canon rotatives, voulu réaliser son rêve de produire une automobile révolutionnaire, la Tucker '48. Le film réalisé en 1988 par Francis Coppola raconte comment les constructeurs automobiles répondirent à sa recherche de partenaires en vue de l'industrialisation de son prototype. Ils s'associèrent à son projet à seule fin de le faire avorter car les innovations proposées risquaient de démoder brutalement l'ensemble de la production automobile de l'époque, les empêchant de retirer d'important profits de leurs usines. Ce scénario fut rejoué en 1991, lorsque Nicolas Hayek, l'atypique président du groupe Swatch, démarcha les constructeurs européens pour lancer la production de son concept Swatchmobile. La voiture devait être propulsée par des moteurs électriques alimentés par un générateur de courant, lui-même entraîné par un petit moteur à essence. Quel intérêt ? Les avantages de cette technique qui a fait ses preuves sur les "michelines" de la SCNF sont nombreux et considérables : longévité et faible consommation du moteur thermique qui n'a plus à supporter les contraintes d'accélération et de charge du véhicule, suppression de la transmission et durée de vie des moteurs électriques implantés dans les roues, facilité de maintenance de l'ensemble... On ignore malheureusement quelles auraient été les performances énergétiques et routières de cette auto. Le premier partenariat avec Volkswagen se solde par le retrait de ce dernier après deux ans d'études inachevées, et le second signé avec Mercedes qui détient 51 % de la société créée en commun abouti en 1998 au lancement de la Smart. Celle-ci est équipée d'un moteur tout à fait conventionnel et sa commercialisation démarre en même temps que Nicolas Hayek se retire de l'affaire. Dès octobre 97 il avait déclaré devant la presse que la voiture développée n'était plus la sienne. On apprend aussi que la compagnie américaine Rosen Motors n'a trouvé aucun partenaire auprès des 10 constructeurs automobiles démarchés en 1996, alors que les frères Rosen, qui avaient investi plus de 20 millions de dollars dans leur projet, circulaient à bord de leur prototype développé sur un concept similaire à celui de la Swatchmobile, mais à partir d'un moteur à microturbine très économique et sans dégagement de gaz à effet de serre, accompagné d'un système de stockage d'énergie éprouvé dans les équipements sensibles industriels, hospitaliers ou militaires, le volant d'inertie. Aujourd'hui nous assistons à une certaine effervescence médiatique autour de la Chevy Volt, présentée à la presse américaine comme l'exploit technologique qui préservera la planète sans priver le conducteur du plaisir de la vitesse. Elle ne fait pourtant que reprendre le concept de la Swatchmobile, enrichi de batteries qui alourdissent considérablement la voiture ainsi que la facture (40000 $). Performances annoncées : plus de 160 km/h, 65 kms d'autonomie sans faire appel au moteur thermique, 380 kms avec 3,8 l d'essence compte tenu de la charge batterie initiale. Ce chiffre permet au constructeur de claironner une consommation record de 1l/100 kms mais on peut se demander pourquoi General Motors ne nous propose pas une version sans batteries, nettement moins chère, plus légère (2 tonnes pour la Chevy Volt) et qui aurait logiquement une consommation inférieure à 1,5l/100 kms.



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