Au retour des vacances, j'ai trouvé dans ma messagerie l'email d'un collègue qui m'invitait à suivre sur internet une conférence à laquelle il avait assisté. L'évènement a eu lieu en mars 2008 devant l'état-major de l'entreprise d'ingénierie énergétique et climatique SPIE, et le public ne pouvait qu'être attentif puisque le conférencier, Jean-Marc Jancovici, est expert de l'énergie et du climat, consultant auprès de nombreux organismes publics et participant actif au Grenelle de l'environnement. Peut-être était-ce une erreur de démarrer cette vidéo à 23h. D'abord parce qu'elle dure près de deux heures, mais surtout parce que la synthèse des multiples informations compilées par l'auteur ouvre pour la colonie de bipèdes à laquelle nous appartenons des perspectives d'avenir tout à fait propres à vous gâcher le sommeil. Pour faire court, tous les modèles prospectifs qui traitent les données concernant l'évolution des ressources naturelles, du climat, de la démographie et de l'économie mondiale aboutissent à des prévisions détestables*. Et la vraie mauvaise nouvelle, c'est que nous n'aurions pas vraiment le temps de changer notre façon de faire pour éviter ces désagréments aux générations futures, puisque c'est nous et nos enfants qui allons y être confrontés d'ici quelques dizaines d'années. Alors j'ai fait mon bilan carbone, lu quelques centaines de pages web et papier, échangé avec des gens concernés... et maintenant j'ai beau relire chaque soir avant de m'endormir quelques citations de Claude Allegre je n'arrive pas à me rassurer. Ce qui m'inquiète vraiment, c'est que je ne vois pas ce qui pourrait nous motiver collectivement à changer volontairement notre comportement. Les experts éclairés tentent de nous faire peur, mais la peur ne me semble pas plus efficace pour nous tirer de notre addiction à l'énergie, que la peur de la maladie n'est efficace pour dissuader les gros consommateurs d'alcool ou de tabac avant qu'il ne soit trop tard. C'est que tout notre mode de vie et de consommation dépend de l'exploitation massive de nos ressources en énergie, et pour la plupart d'entre nous il est impossible d'y renoncer sans renoncer au plaisir de vivre. Il suffit de constater jusqu'à quel point nous nous sommes identifiés aux objets de notre quotidien, vêtements, mobilier, véhicules et machines électroniques ou à nos loisirs sportifs ou culturels. Comment imaginer que l'on puisse renoncer à ce qui nous permet d'affirmer notre personnalité et nos compétences aux yeux des autres ? C'est peut-être par là qu'il faudrait commencer. En explorant ce qui pourrait nous aider à concevoir un bonheur d'exister qui ne soit pas si dépendant de la possession des objets ou des conditions matérielles de nos activités. Le terme d'écosophie m'est venu à l'esprit, et comme il sonnait bien je l'ai cherché sur la toile. Et bien l'écosophie existe depuis qu'un philosophe norvégien l'a inventée en 1960, et son collègue français Félix Guattari l'a développé dans sa théorie des trois écologies, environnementale, sociale et mentale. Jusque là ça m'allait plutôt bien, mais je n'ai rien compris aux explications données par le maître dans une interview de 1991. Alors je suis retourné regarder les graphiques angoissants de nos experts en catastrophes annoncées, mais je préfèrerais qu'on me fasse rêver un peu.

* conférence accessible via l'article de Wikipédia sur Jean-Marc Jancovici


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