C'est lundi matin et je n'aime pas les chantiers de centre ville. Accéder au plus près en évitant les sens-interdits, trouver une place, décharger le fourgon... heureusement que c'est le mois d'août, la circulation réduite et le stationnement gratuit. C'est en tout cas ce que je crois. Il y a une petite rue en face du chantier. Pas facile d'accès mais tranquille et idéalement placée. Je me gare devant le deuxième coiffeur arabe. C'est un de ces quartiers d'immigrés qui se "boboise" à grande allure et où je peux être sollicité pour des travaux de décoration intérieure. Peinture naturelle à la caséine et enduit chaux et sable pour celui-ci. Deux jours de préparation des fonds et de peinture et mercredi bonne heure je retrouve ma place devant le coiffeur, que je salue au passage, pour décharger mes seaux de mortier de chaux préparé la veille et les outils nécessaires à la réalisation des enduits. Plus de 6 heures de travail sans interruption pour ne pas risquer d'avoir un raccord visible, après lesquelles il faut nettoyer le chantier consciencieusement et gratter les outils que je ne peux pas laver sur place. Vers 15h je reviens au fourgon les bras chargés de seaux et de sacs, et je vois sous mon balai d'essuie-glace un ticket de stationnement. Oui, un ticket de stationnement tout neuf, de ceux que l'on obtient après glissé sa monnaie dans l'horodateur. Trop fatigué pour me poser des questions je range mon matériel quand le coiffeur arabe m'interpelle du pas de sa porte. Coiffeur que je ne connais pas, et qui ne me connait pas autrement que de m'avoir vu passer matin et soir devant sa boutique. "Tu me dois 50 euros" dit-il en se marrant ! Et devant mon air interloqué il rectifie "En vrai j'ai mis que 50 centimes quand ils sont passés mettre les PV, et tu ne me dois rien". Et il ajoute avec l'air de s'excuser : "J'ai bien vu que tu travaillais" !

Retour à l'accueil