Je ne sais pas dans quel fichier j'ai atterri par mégarde, mais je suis de plus en plus souvent la cible de démarchage visant à  "m'informer sur les dernières mesures permettant de payer moins d'impôts". Peut-être existe-t-il dans ce commerce une saisonnalité qui m'échappe, toujours est-il que j'ai reçu deux appels de cette nature cette semaine, le premier au bureau et le second chez moi, sans relation apparente entre les deux. Celui qui m'a contacté au bureau était un homme dont la voix et le propos évoquaient le commercial ayant roulé sa bosse dans la vente d'assurances ou de produits financiers. Je l'ai rapidement interrompu pour lui demander où il avait obtenu ma ligne directe et pour quelle entreprise il effectuait cette démarche mais sa réponse se limitant à un : "Pourquoi me demandez-vous ça... vous ne faites pas confiance ?", il ne me restait plus qu'à lui dire que je ne parle pas avec les gens qui se cachent et à raccrocher. J'ai reçu le deuxième appel ce samedi matin, alors que j'étais en arrêt sur une page d'actualités Google annonçant côte à côte les certitudes angoissantes du GIEC sur l'évolution du climat et l'explosion des ventes de consoles de jeu aux USA. Cette fois, c'était la voix avenante d'une jeune conseillère télémarketing affirmant qu'elle allait, "en quelques minutes seulement", m'expliquer comment bénéficier d'importantes déductions fiscales. L'informant poliment que sa proposition ne m'intéressait pas, elle s'est alors exclamée : "Mais vous payez bien des impôts ?" - "Et vous-même..." ai-je rétorqué, "est-ce que vous en payez ?" - "Non" a-t-elle répondu en riant, "mais si c'était le cas je serais contente de savoir comment en payer moins" - "Alors écoutez-moi une minute" ai-je demandé, "sinon je raccroche". Et je lui ai expliqué que je n'avais pas toujours payé des impôts, faute de gagner assez d'argent pour ça, et que j'avais apprécié de vivre dans un pays où les visites chez le médecin m'étaient remboursées, où mes enfants avaient pu aller gratuitement à l'école et à l'université, et où l'état m'avait même donné de l'argent pour m'aider à leur offrir des loisirs et des vacances. "Et vous..." ai-je conclu "est-ce que ça vous trouvez ça bien ?" - "Excusez-moi" a-t-elle répondu, "je comprends bien ce que vous voulez dire mais je dois faire mon travail. Bonne journée, monsieur". En raccrochant, j'ai eu très nettement conscience que mon allergie à la culture du profit individuel s’aggravait inexorablement et que ma détestation du monde de la finance venait de monter d'un cran supplémentaire.

 
 
Retour à l'accueil