Sur les conseils d'un ami je suis allé voir "La visite de la fanfare" du réalisateur israélien Eran Kolirin. Je ne vais pas essayer de vous raconter ce film, sur lequel vous trouverez sans difficultés des critiques, en général élogieuses, et je voudrais plutôt essayer de partager les raisons de mon émotion. Dans "la visite de la fanfare" on voit des musiciens en déplacement confrontés à un imprévu qui les sort radicalement du cadre dans lequel leur voyage devait se dérouler. Ces hommes ordinaires sont des policiers égyptiens, et ils se trouvent donc "lost in translation" dans une bourgade perdue d'Israël où ils ne sont pas attendus, et contraints de faire appel à l'hospitalité de la population. Mais au-delà du contexte politique de l'affaire et du comique omniprésent dans le film, on voit se tisser en une soirée, malgré les difficultés de communication, un ensemble de liens croisés entre arabes et israéliens, hommes et femmes. Je me suis demandé pourquoi cette histoire me semblait aussi crédible dans sa dérision loufoque, et surtout pourquoi je trouvais les personnages aussi émouvants. C'est peut-être en raison de leurs tentatives maladroites pour rester cohérents avec eux-mêmes, malgré leur propre difficulté à exprimer ce qu'ils ressentent, et malgré l'étrangeté des situations et des rencontres. Cette attitude m'est apparue tout au long du film comme une marque exemplaire de dignité et d'humanité, loin des faux-semblants et des artifices de ceux qui maîtrisent en toute situation l'art de donner le change. Il y a souvent dans le silence une reconnaissance tacite de l'impossibilité de partager en quelques mots ce qui pourrait expliquer notre façon de vivre l'instant, et qui trouve ses racines dans une histoire personnelle acceptée faute de pouvoir la réécrire. Impossibilité et inutilité, quand chacun a montré par sa simplicité l'absence d'illusion quand au contrôle qu'il exerce sur sa propre vie. Et c'est dans cet aveu que les uns et les autres se rencontrent avec l'authenticité de ceux qui ne cherchent rien d'autre qu'un instant d'apaisement. En cette époque où chacun est supposé épanouir sa personnalité dans le dépassement de ses propres limites, je me suis senti proche de ces musiciens charriant leurs instruments et leur passé en silence, conscients sans désespoir qu'on ne se débarrasse pas de ce avec quoi l’on s’est construit.

 
Retour à l'accueil